Sur le Ring

FRANCE ]

Pourquoi Chevènement peut gagner

Chevènement, une reprise en main pour une remise sur pied ?

magazine lidealiste


I
l faut se méfier de Chevènement, en avoir peur comme de la fièvre aphteuse, cet homme-là n'est pas comme nous.
Comme tous ceux qui ont frôlé la mort, il se croit désormais invincible. Puisqu'il est sorti grand victorieux de son combat contre celle-ci, plus rien ne peut l'inquiéter, il est dans un état second, un état de grâce divine et élective.

Depuis quelques mois, il agite fièrement son mouvement des citoyens et la France toute entière. Son histoire personnelle et sa personnalité font qu'il est le seul candidat " vivant " des élections d'avril 2002. " A force d'être allé contre toutes les modes, je suis devenu indémodable..." dit-il non sans malice car l'homme, malgré sa mégalomanie et son narcissisme ne manque pas d'humour, ni de recul sur soi.

Avec son physique de Mister Bean, sa grosse tête et son oeil rieur, il dépoussière la politique, c'est un troisième homme idéal, il a le courage de dire " non " presque aussi bien que le vieux général de Gaulle.

Chevènement ratisse large, c'est le candidat de tous les français tous clivages réunis et même celui des jeunes pas trop sauvageons.

Cette pénible affaire du " sauvageon " a été mal interprétée. Ce mot, qui désigne au sens propre un arbre non greffé est employé par Emile Zola pour désigner un jeune non éduqué. Celui que la jeunesse de France pourra désormais appeler J-P puisque c'est à la mode s'est souvent expliqué sur le sens de cette expression : certains jeunes n'ont pas eu l'entourage et l'appui nécessaires pour apprendre et respecter les règles sociales et les lois. C'est évidemment une minorité. Et c'est aussi le produit du délabrement économique consécutif au chômage. C'est pas de leur faute et J-P ne jette pas la pierre aux incendiaires de voitures ou aux jeunes voyous des banlieues mais veut se battre contre le système qui génère ces gens-là.

Jean-Pierre Chevènement est perçu par les Français comme l'un des rares hommes politiques qui ne transige pas avec ses idées, et comme le seul à être désintéressé par le pouvoir puisqu'il a déjà démissionné trois fois de ses fonctions ministérielles.

Or, les Français ont besoin de franchise et d'honnêteté en politique : deux qualités ne semblant étonnamment présentes que chez un seul homme : Jean-Pierre Chevènement.

Alors que la droite est discréditée par les affaires touchant Jacques Chirac et Charles Pasqua, relayées par le revenant Schuller, pour ne citer qu'eux, tandis que la gauche a été souillée par l'imbroglio MNEF-ELF, dont nous sommes encore loin de tout savoir, seul un homme inclassable, ni vraiment de gauche, ni vraiment de droite, satisfait à l'exigence d'honnêteté des Français.

En fait, pour beaucoup, Chevènement semble être une réincarnation du général de Gaulle : un homme au-dessus des partis, qui a le pouvoir... mais également le pouvoir de s'en passer. Chevènement, homme constitué par les valeurs républicaines, affiche ce détachement caractéristique des grands hommes d'Etat, allure du monarque adouci au romantisme du 19ème.

Nul doute que de Gaulle, malgré les critiques et mai 68, correspond parfaitement à l'image de l'homme politique idéal dans l'inconscient collectif national. Son sosie ressuscité pourrait donc fort bien remporter les élections puisque les Français expriment le besoin d'un homme fort, intègre, qui ne cède pas aux pressions corporatistes ni n'a peur de perdre sa place en faisant des choix impopulaires mais nécessaires.

François Hollande, dont le charisme frôle celui d'un poulpe un lendemain de cuite, n'avait d'ailleurs pas manqué de relever cette ressemblance en déclarant que Chevènement se prenait " trop pour le général de Gaulle ".

Enfin, Chevènement possède un dernier atout de taille : son discours face à l'insécurité et à la délinquance, priorité nationale désormais. Car les Français ne sont plus convaincus par le discours que l'on tient à gauche, via Noël Mamère, incarnation du faux rebelle, gouverné par le calcul politique, notamment : la prévention ne leur suffit plus, assez des discours larmoyants sur les difficultés des jeunes des cités, quartiers, et banlieues, assez des médiateurs et des policiers à vélo, assez de la carotte ; le peuple demande le bâton, de la répression et des sanctions dissuasives. Et sur ce point, Chevènement caresse dans le sens du poil national, contrairement aux candidats de gauche et avec plus de conviction qu'un Chirac qui sortira bientôt d'une hibernation quinquennale.

Mais, Chevènement a aussi ses points faibles.

On peut ainsi évoquer sa vision ringarde et frileuse de l'Europe et de la nation ; sa volonté ferme de conserver la Corse dans le giron national, alors que les politiques répressives n'ont jamais démontré leur efficacité face aux velléités nationalistes - a fortiori lorsqu'elles ont été mises en oeuvre par des régimes démocratiques - , et tandis que de nombreux français sont séduits par le discours, simpliste mais convaincant : " ils veulent l'indépendance, qu'on la leur donne, et j'leur donne pas cinq ans pour venir mendier leur retour... " ; un manque de charisme évident, aggravé par cette façon quelque peu précieuse qu'a M.Chevènement de s'exprimer.

Surtout, par-dessus tout, il y a ces rumeurs d'alliance (non confirmées à l'heure où nous écrivont ces lignes) avec " le fou du Roy ", Philippe de Villiers, monarchiste, nationaliste, aux confluents de l'extrême-droite. Il ne fait aucun doute qu'une telle alliance priverait Chevènement de sa carte maîtresse : sa capacité à brasser large, à gauche comme à droite. Sans compter qu'elle écornerait son image d'homme entier et sincère : comment expliquer qu'un homme qui a participé à trois gouvernements de gauche s'allie désormais avec un Philippe de Villiers ?

J-P c'est un super héros en kit qui peut malgré tout réinventer la politique même s'il doit s'allier avec de Villiers. J-P n'est pas raciste, il accepte tout le monde même les scandaleux et les maudits... Vous votiez Le Pen, Pasqua, Arlette, Jospin ou même Megret et ils vous ont déçu, votez donc J-P, il est tout cela à la fois ! MM. Jospin et Chirac ont également leurs points faibles, qui pourraient peser sur les résultats de cette élection, en la faveur du sosie de l'idole de l'homme qui ne s'aimait pas.

A la charge du premier, on citera une image froide et excessivement sérieuse, trois gifles récemment distribuées par le Conseil constitutionnel avec la censure de projets de lois majeurs (financement des 35 heures, Corse et loi de modernisation sociale), et un discours qui sera sans doute peu convaincant face aux problèmes posés par l'insécurité et la délinquance, etc.

A la charge du second, on ne citera pas ce que les chroniques judiciaires ont abondamment commenté, mais une augmentation de 480 % du budget de l'Elysée sur cinq ans (voilà un homme qui a eu le pouvoir, mais qui ne pourra plus s'en passer : l'exemple gaullesque a été bien mal suivi), et l'absence de bilan de deux ans de pouvoir, si ce n'est la culture des champignons à Muroroa et la suppression du service militaire, etc.

Chevènement c'est la providence incarnée en homme politique. Il est au dessus de tout et surtout des sondages et ringardise à lui seul l'animal politique. Devenu mystique, il est doté d'une sérénité que les autres n'ont pas, c'est sa force. Monsieur NDE, en plus, a une vraie vision de la France et un vrai programme : redonner force aux principes républicains, une école efficace et exigeante, une politique cohérente de sécurité, reconstruire les services publics, l'égalité entre les hommes et les femmes et une revalorisation du travail. C'est ferme et sans hypocrisie.

Chevènement est ce que Bayrou rêverait d'être mais en se forçant, on ne peut donc que le remercier d'être le meilleur animateur de cette drôle d'élection.

Pour toutes ces raisons, et malgré ce qu'indiquent les sondages, qui présentent Chevènement comme un simple outsider, il semble que celui-ci pourrait fort bien passer le premier tour et nous réserver une surprise... à moins que les Français n'appellent pas de leurs vœux un homme libre, et se contentent de la classe politique actuelle, qui ressemble fort à la grande Mouvance des Ambitieux, Faux, Imbéciles, et Acolytes (MAFIA).


La rédaction